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Bernard Montabo n'est plus

Bernard DORDONNE / Carolina FERRERE / Audrey VIRASSAMY Samedi 07 janvier 2017
Bernard Montabo n'est plus
Bernard Montabo au salon du livre de Paris, le 23 mars 2004 (Thomas C. Spear)

Le corps sans vie de Bernard Montabo, notre correspondant local et écrivain reconnu, a été trouvé, hier à Cacao. Selon les premiers éléments de l'enquête, l'homme âgé de 71 ans a fait une chute mortelle.

C'est un lieu paradisiaque, dans un virage, à l'entrée de Cacao. C'est là, au bord de la Crique Sainte-Anne, que Bernard Montabo s'est installé il y a longtemps. Très longtemps. Quand ? Personne ne le sait vraiment. « Je crois qu'il a dû arriver au début des années 1980, avance Tchia Le Vessier, propriétaire du gîte Quimbé Quio à Cacao, avec son mari Bruno. Il a installé son carbet au bord de la Crique. On se voyait de temps en temps. On parlait de la pluie et du beau temps. C'est un homme serviable, gentil qui ne dit jamais non quand on lui demande un service. » Tchia Le Vessier ne parle pas encore de Bernard Montabo au passé.
L'écrivain était père de trois enfants. Son corps a été retrouvé hier après-midi au pied d'une échelle devant chez lui. Selon les gendarmes de la brigade territoriale de Cacao, il a fait une chute mortelle. Les secours ont constaté qu'il avait un pied cassé. Vraisemblablement, il serait tombé en nettoyant les panneaux photovoltaïques de la toiture de sa maison. Il y a quelques jours, l'homme avait été victime d'un accident vasculaire cérébral. Les enquêteurs précisent que la mort a dû survenir entre le 3 et 5 janvier dans la mesure où il a été vu dans la commune le 2 janvier.
« UN HOMME RICHE EN ANECDOTES »
Dans le village, hier, c'était la stupeur. Au fur et à mesure des appels, les gens apprenaient la nouvelle. Tous, comme Tchia Le Vessier, parlent d'un homme « gentil » , qui occupait très souvent la bibliothèque Avisoloco pour écrire, ou envoyer des mails. David Riché, maire de Roura, regrette déjà celui qu'il connaît depuis son enfance, « un personnage solitaire, riche en anecdotes, participatif et toujours professionnel. C'est une grande et malheureuse surprise pour nous tous à Cacao » . Le médecin Claude Ho A Chuck, ancien maire de Roura, parle avec une profonde tristesse de cet homme « calme, aimant la nature, très intelligent » . Il évoque également les bons souvenirs près de la cascade chez lui. Des souvenirs d'autant plus intenses que Bernard Montabo avait été marié à sa nièce.
Bernard Levêque, devenu Montabo
C'est une histoire peu connue. Si Bernard Levêque, de son vrai nom, est devenu Bernard Montabo, c'est un peu à cause de son éditeur. Lorsqu'il envoie son manuscrit du Palais des Jésuites, il le signe de son vrai nom. « Je l'ai refusé, se souvient Jean-Louis Malherbe, à la tête des éditions Ibis Rouge. Lorsque j'ai refusé le manuscrit, il l'a retravaillé complètement. Il a tout réécrit, a pris une boîte postale à Cayenne et m'a renvoyé le texte signé Montabo. C'était une autre histoire, je l'ai acceptée. Ce n'est qu'une semaine avant la présentation à la presse de l'ouvrage que j'ai su toute l'histoire. » Pour beaucoup, Le Palais des Jésuites (il en fera trois tomes, ndlr) reste une référence. Ce que l'homme faisait avant, nul ne le sait. S'il a été un des membres fondateurs de la Société des amis des archives et de l'histoire de la Guyane, il n'était pas historien. De sa formation, on n'en sait pas plus. Sur sa biographie officielle, on apprend qu'il était originaire de Douai, dans le nord de la France, et qu'après avoir habité pendant plusieurs années à Madagascar, il s'est installé en Guyane en 1975. Il est à l'origine du Grand Livre de l'histoire de la Guyane, du Camp du Portugais. Plusieurs de ses nouvelles ont été publiées dans les revues littéraires Espace (s), La Plume guyanaise et La Roche gravée. Bernard Montabo venait de présenter un nouveau manuscrit à son éditeur. « Je l'ai lu entre Noël et le jour de l'An, témoigne Jean-Louis Malherbe. Lundi, je lui ai écrit que je l'acceptais. Je ne sais pas s'il a eu mon message. Peut-être qu'il y a répondu, mais que sa réponse ne m'est pas encore parvenue. » L'ouvrage, toujours historique, aurait été sur la Guyane et la France des XVII et XVIIIe siècles. Il ne sera pas publié.
A.V.
Il ne dira plus « Nyob zoo wyoo tshiab »
Depuis une quinzaine d'années, Bernard Montabo était devenu correspondant local de France-Guyane, notre référence à Cacao. Mieux, pour le village, il était devenu LA référence côté actu. « Souvent, on l'appelait pour lui dire Eh Bernard, il faudrait mettre ça ou ça dans le journal » se souvient Tchia Le Vessier. Impossible de ne pas remarquer sa silhouette longiligne et ses yeux bleus, vifs, intelligents, sous son casque de cheveux blancs. Lorsqu'en 2008, nous lançons la rubrique « Un nom, une histoire » , il est l'un des auteurs, avec Elie Stephenson, à qui nous offrons nos colonnes. Le fruit de leur travail plaît tant aux lecteurs que nous en ferons trois ouvrages.
Que de cross et de nouvels ans relatés sous ses doigts! Que de brèves, de photos! D'ailleurs, c'est un peu une « private joke » à la rédaction, à chaque nouvel an Hmong. Invariablement, Bernard Montabo titrait son article de la même manière : Nyob zoo wyoo tshiab! « Bonne année! » en hmong. L'année ne commence pas si bien finalement, Bernard.
A. V.

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1 commentaire

Vos commentaires

Altron 09.01.2017
RiP

J'avais rendu hommage hier à Bernard Montabo dans un com publié sous cet article puis aujourd'hui disparu. C'est étrange.

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